Commissaire et thème
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Mot de la commissaire

Et puis, nous avons construit de nouvelles formes

L’exposition Et puis, nous avons construit de nouvelles formes présente le travail d’artistes contemporains du Québec et du Canada, des États-Unis, du Guatemala, du Mexique, des Pays-Bas, de France, d’Autriche et de Russie, qui utilisent l’art comme moyen de remettre en cause les rôles et les positions politiques. Organisé comme une série d’expositions interreliées, ce projet se déploie à l’intérieur et à l’extérieur d’espaces institutionnels répartis dans la ville de Québec. Les artistes québécois, en utilisant l’art comme vecteur de changement social, ont contribué à donner voix aux 99 % : telle est la prémisse de ce projet qui a pour thème global la résistance. Une résistance qui, dans ce contexte, s’applique à la construction d’une force, d’une vie, et à la logique du changement dans une situation donnée.

Parallèlement à la vaste programmation publique, la manière d’articuler la très grande variété de tactiques et de stratégies présentées dans l’exposition a fait l’objet d’une réflexion approfondie. Rassemblées dans une multitude de contextes, les nouvelles formes privilégiées par les trente-six artistes traitent d’enjeux divers. Le processus de sélection a été guidé par la façon dont les artistes contemporains abordent l’obtention du pouvoir et sa contestation dans la vie quotidienne, et par les formes et les discours nouveaux dont elles et ils disposent actuellement pour proposer des alternatives aux récits sociaux, politiques et historiques dominants.

Certaines des œuvres présentées aident à communiquer et à partager les arguments et les tactiques politiques des mouvements sociaux (Oliver Ressler), alors que d’autres explorent l’action directe (Justseeds Artists’ Cooperative, Richard Martel) et les formes documentaires (Groupe d’action en cinéma Épopée). D’autres encore, à travers l’action néoféministe et l’art corporel (Julie Andrée T., les Fermières Obsédées, Regina José Galindo), évoquent des constructions plus subtiles de l’identité et de la représentation de soi.Un pic d’ambiance est atteint avec For an Epidemic Resistance de Jacqueline Hoang Nguyen, une œuvre sonore à 25 pistes qui recrée une épidémie de rire survenue en Afrique en 1962. Tout près de l’édifice de la Coopérative Méduse, Untitled Garden, d’Abbas Akhavan, fonctionne comme un jardin animé qui se déploie dans le temps. Gisele Amantea, quant à elle, réalisera dans la Galerie des arts visuels une de ses grandes installations en floc. Parmi les autres œuvres conçues pour Québec, citons This sleep, full of folded dreams de Juan Ortiz-Apuy, Le bloc que j’habite d’Alain-Martin Richard, Mon boisé de Geneviève Chevalier, ainsi que la nouvelle série de Jean-Robert Drouillard sur l’adolescence, présentée au Musée national des beaux-arts du Québec. Et puis, nous avons construit de nouvelles formes présente également, à L’Œil de Poisson et au Musée de la civilisation, deux autres expositions conceptuelles centrées sur le travail de Guillermo Trejo, Chto Delat?, Marc-Antoine Côté, Mathieu Beauséjour, Rebecca Belmore, Jamelie Hassan, Nadia Myre et Dominique Blain.

L’exposition présente également Capitalism kills (love) et STRIKE, des structures de néon du collectif parisien Claire Fontaine ; No Permanent Address de Mark Boulos, d’Amsterdam ; Take the Square, une installation à trois écrans du Viennois Oliver Ressler ; ainsi que de nombreux autres projets et propositions (Marie-France Légaré, Ron Benner, Richard Ibghy & Marilou Lemmens, Justin A. Langlois, Martin Bureau, Condé + Beveridge, Jean-Maxime Dufresne/Virginie Laganière, Thomas Kneubühler, Michael McCormack, Clint Neufeld, Giorgia Volpe et Jarod Charzewski).

Les artistes de Manif d’art 7, en réunissant leurs recherches artistiques et leurs stratégies méthodologiques singulières, contribuent, cinq semaines durant, à créer une zone d’interaction et de dialogue. Pour vous qui visitez cette exposition et qui y participez, l’intérêt sera de découvrir les formes que revêtent ces stratégies pour refléter et réfracter les changements sociaux, culturels et politiques profonds qui marquent notre époque.

Vicky Chainey Gagnon
Commissaire
Manif d’art 7 – La biennale de Québec

Biographie

Dès juillet 2014, Vicky Chainey Gagnon occupera le poste de directrice et conservatrice en chef à la galerie The Rooms à Saint-Jean, à Terre-Neuve. De 2004 à 2014, elle a travaillé à la Galerie d’art Foreman de l’Université Bishop’s à Sherbrooke, dans la province de Québec, où elle a terminé son mandat en tant que directrice et conservatrice. Elle détient un baccalauréat en cinéma et en histoire de l’art (Université Concordia, Montréal, 1999) et une maîtrise en études interdisciplinaires (York University, Toronto, 2005). Jusqu’en 2011, elle a poursuivi des recherches doctorales sur la muséologie citoyenne au Centre d’études interdisciplinaires sur la société et la culture de l’Université Concordia, où elle a obtenu plusieurs bourses, dont celle du Fonds québécois de la recherche en société et culture, ainsi que celle du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada.

Depuis 2005, Vicky Chainey Gagnon a organisé des projets à la Galerie d’art Foreman tels que Le temps s’inscrit à l’intérieur de l’image [1-3]; Above and Below (Adam David Brown, Martha Fleming/Lyne Lapointe, Inger Lise Hansen, Véronique La Perrière M., Penelope Stewart, Irene F. Whittome); Christina Battle : Mémoire classée; Charles Stankievech : Au-delà de l’arc-en-ciel, sous le radar; et Valeur (Cooke-Sasseville, Antoni Muntadas, Red Channels, Anton Vidokle & Julieta Aranda, WochenKlausur). Elle a également mis sur pied la série de résidences internationales How Does Art Teach?. En 2009, elle lance le Laboratoire communautaire d’art, un projet spécial de médiation visant à explorer d’un point de vue créatif les questions sociales urgentes actuelles et la façon dont elles affectent directement nos communautés.

Ses essais et autres écrits ont paru dans ETC, dans Curator: The Museum Journal et dans des ouvrages publiés par l’Art Gallery of York University et l’Art Gallery of Nova Scotia. Elle a enseigné la muséologie dans le programme d’histoire et de théorie de l’art à l’Université Bishop’s, et a fait partie de nombreux comités pour le Conseil des arts et des lettres du Québec, de même que pour le Conseil des Arts du Canada. En 2012, Vicky Chainey Gagnon participe à la résidence intitulée The Decapitated Museum au Banff Centre for the Arts.