Thématique
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L’Art de la joie

Manif d’art est vue, depuis la France, comme une formidable invitation faite, dans la Ville de Québec, à la création de notre temps.

J’ai la chance d’être invitée pour cette huitième manifestation à inventer avec l’ensemble de l’équipe de la biennale un projet artistique. J’ai donc proposé à Claude Bélanger de convier les artistes à se rassembler et à créer autour du thème L’Art de la joie.

Après une septième édition de Manif d’art consacrée à la résistance collective, aux mouvements contestataires et collectifs, je propose aujourd’hui de réfléchir ensemble à une autre façon de résister, plus individuelle, plus intime, à hauteur de femme et d’homme.

La joie est un concept éminemment humain, une quête pour certains, un talent pour d’autres. Elle se donne, se gagne, se déprend, elle peut aussi se perdre. Aujourd’hui plus que jamais, face à la vague d’obscurantisme qui nous menace et qui cherche à nous terroriser, la joie est ciblée, attaquée, brutalisée, car elle incarne la culture, le savoir, la conscience et avant tout, la force de l’humanité.

En proposant ce thème en septembre 2015, je me suis inspirée d’un roman initiatique de Goliarda Sapienza, merveilleuse écrivaine italienne qui décrit la vie d’une femme sicilienne à l’orée du XXe siècle qui fait de la joie, de la connaissance et de l’amour, le combat de sa vie, au prix de la douleur, au prix de la conscience du monde, pour justement exister. Je ne me doutais pas, à l’époque, à quel point ce combat existentiel deviendrait aujourd’hui le combat d’une société, d’un monde.

À Québec, nous sommes heureux d’inviter des artistes québécois, canadiens, français et internationaux à imaginer des œuvres qui entraînent le public dans ce projet de vie qu’est la joie.

Chacun en donnera sa version, en interrogera le sens, la brandissant ou la défendant : des visions joyeuses, contemplatives, inquiètes, certaines combattives ou incantatoires. Car il ne s’agit pas de se leurrer : la joie ne peut se gagner qu’en conscience de l’état du monde et de soi-même. Il y a une part sombre à toute lumière, il y a un revers à toute victoire, et plus encore. La joie est un combat, collaboratif et/ou personnel, elle se réalise dans des rituels ou dans un rapport plus solitaire au monde!

C’est donc une invitation pleine d’espoir et de ferveur, car nous croyons absolument au pouvoir de l’art et des artistes pour nous faire voir et vivre le monde autrement, car nous croyons en « la force majeure » qu’est la joie, celle du désir et de la vie.

Alexia Fabre