Les forces du sommeil

Manif d'art 11 - La biennale de Québec 2024 s’inspirera de l’hiver canadien et du sommeil de la terre pour s’intéresser à celui des humains et explorer les nuances multiples de l’éveil.

Les forces du sommeil

Cohabitations des vivants

La saison froide et le sommeil sont des moments de latence et de transition, de pause. Ils suspendent le principe de l’exploitation et de l’épuisement des ressources. Des alternances saisonnières, des rythmes et des états entre sommeil et éveil, dépendent la régénération, l’écoute, la présence au monde. L’éveil est le moment de l’étonnement, de la recomposition des perceptions, de reconstruction des points de vue, et nous donne accès à la richesse de nos contradictions, à des rapprochements imprévus et des dérives, fructueuses ou pas. En brouillant le partage entre l’inerte et l’animé, les différents stades de l’éveil peuvent mettre nos habitudes en réserve au profit d'expériences sensibles, de visions singulières, de rencontres inattendues.

C’est pourquoi les temps du sommeil nous éloignent des usages et des formats culturels. Ils résistent aux idéologies et au culte de la productivité. Malgré les efforts du capitalisme*, ils nous préservent encore des principes de la consommation constante et du rendement permanent.

Dans cette exposition il sera question de gestes et d’espaces de repli, d’intimité, de résistance. On s’intéressera à la latence et à la lenteur, à l’invisibilité, à l’exil géopolitique ou intérieur, à l’écoute du corps. Il s’agira de lieux « loin du monde » sans lesquels le monde nous ferait défaut – espaces de retranchement féconds comme les chambres et les lits où l’on s’abandonne et se reprend ; les maisons et les terriers où l’on s’abrite et où l’on retrouve les autres ; les caches, les retraites qui conduisent aux explorations, à réinventer des modes de cohabitation avec les autres organismes vivants de la planète.

Veilles, méditations, rêveries et errances, mirages et sommeils partiels irriguent nos jours et nos éveils. Ce sont des temps d’inaction constructive et de pensée, de perceptions et de mouvements discordants. Ils nous sont utiles pour imaginer les transformations cruciales à mettre en œuvre dans nos relations avec la planète pour lui offrir du temps.

*Voir à ce sujet Jonathan Crary, 24/7 Le capitalisme à l’assaut du sommeil, La Découverte, 2016.

 

Manif d'art 11