Un iceberg qui respire
Description de l’exposition
"Tel un petit iceberg
flottant au gré du courant,
fondant dans l’immensité
des eaux en mouvement"
Dans son premier recueil de poésie, Taallat – Digte – Poems, publié en 1997, Jessie Kleemann écrivait ces lignes qui trouvent aujourd’hui un écho dans son installation ILULIAQ (2024), un iceberg gonflable de six mètres qui respire lentement. D’une monumentalité saisissante, cette sculpture cinétique rappelle de manière tangible la crise climatique persistante qui affecte les paysages du Kalaallit Nunaat (Groenland), terre natale de Kleemann. Par ce geste, l’artiste insuffle vie à l’iceberg, lui conférant une énergie, une urgence et même une forme d’agentivité destinées à nous alerter sur la catastrophe en cours.
À travers ses montées et descentes, ILULIAQ incarne la fonte accélérée des glaces, l’élévation du niveau de la mer et l’érosion côtière, ressenties depuis Upernavik, ville d’origine de l’artiste, jusqu’aux rivages du monde entier. Cette œuvre s’inscrit dans la continuité des luttes autochtones, menées par les activistes autochtones pour la protection de leurs droits sur le territoire et les ressources.
Tel un petit iceberg flottant au gré du courant vers les rives du Saint-Laurent, ILULIAQ est présentée pour la première fois hors du Danemark. Dans ce nouveau contexte, l’œuvre entre en résonance avec la nordicité et la dimension spectaculaire de l’emblématique Carnaval de Québec. Mais loin de l’hôtel de glace, l’installation attire l’attention sur une réalité environnementale et géopolitique grave. À travers le prisme d’un géant bienveillant, ILULIAQ continue de fondre « dans l’immensité des eaux en mouvement ».