L’hystérie arctique est un concept qui a émergé en marge des expéditions européennes dans l’Arctique et de la colonisation des territoires du Nord. « Diagnostiquée » aux femmes Inuit, cette « maladie mentale » a largement contribué à la construction d’une vision infantilisante de ces dernières comme des êtres à protéger et à civiliser.
Alors qu’elle explore les archives de l’Explorers Club de New York, Pia Arke tombe sur la photographie d’une femme Inuk, nue et criant, maintenue de force par deux colons; il s’agit de son premier contact avec l’histoire de ce syndrome. Essuyant un refus à sa demande d’employer la photographie, elle décide de la recréer dans une performance filmée. Arctic Hysteria montre ainsi l’artiste, nue, rampant sur une image en noir et blanc de Nuugaarsuk Point, pour ensuite la déchirer. Si les Européens ont projeté leurs propres biais sur les comptes rendus de leurs « explorations » et rencontres dans le Nord, l’artiste frotte ici son corps non pas sur la glace et la neige de son territoire ancestral, mais sur une image de celui-ci. Par ce geste, elle met en lumière les violences de la colonisation et leurs effets sur les communautés autochtones du Kalaallit Nunaat, les femmes Inuit et le territoire.