En 2009, Judy Watson a réalisé une résidence avec l’Université du Queensland à la station de recherche de l’île Héron, dans la Grande Barrière de corail. Là-bas, elle parcourt l’îlot, nage, plonge dans les eaux environnantes et découvre les plantes et animaux. Elle assiste à des conférences d’éminent·e·s chercheur·euse·s et comprend l’effet des changements climatiques sur les populations coralliennes et marines. Cette expérience de l’île, vécue à la fois par ses propres explorations et par le sentiment d’urgence développé au contact des scientifiques, donne lieu à une série d’œuvres réalisées à l’aide de diverses techniques. Une série de gravures, entre autres, exprime cette réaction face aux défis auxquels se heurte l’environnement de cette île; elle intègre des esquisses dessinées en extérieur et les graphiques des recherches scientifiques reproduits avec leur autorisation.
Dumularra est le mot Waanyi qui désigne l’eau courante. Les ancêtres de l’artiste et les membres de sa nation sont connus comme le peuple de l’eau courante. S’appuyant sur ses connaissances ancestrales et ses recherches, l’artiste témoigne ainsi des liens entre l’eau, le vivant et le lieu, tout en révélant l’importance d’écouter les communautés autochtones pour trouver des solutions à la crise climatique
clouds and undercurrents
Dix ans après la création de Heron Island Suite, une œuvre exprimant sa réaction face aux défis auxquels se heurte l’environnement de l’île, Judy Watson réalise clouds and undercurrents (2020-2021), ajoutant un processus plus physique à sa relation à l’eau. Dans des bains de teinture, elle plonge de vastes pans de tissus et d’autres matériaux. Sur le son d’une musique, elle exécute ensuite une « danse sur l’eau », un procédé où, dans le bassin, elle piétine les textiles à répétition avant de les laisser sécher. L’installation finale, suspendue au plafond, évoque le lien entre l’eau et le ciel. Elle provoque chez le public l’impression de se trouver à la fois sous les nuages et sous les flots. L’ensemble, qui reprend des graphiques extraits de recherches sur les changements climatiques, crée un pont entre les perspectives tirées de données scientifiques et celles incarnées par le corps et le mouvement de l’artiste.