Dans Le Vivier (2002), Nicolas Renaud filme sa bouche qu’il aborde comme un écosystème, comme dans son œuvre Parler de quelqu’un à soi-même (2001), où il a tenté de réciter un extrait d’un roman d’Hubert Aquin avec un glaçon dans la bouche. Cette fois, un petit poisson ondule dans la source d’eau confinée. L’image du vivier – bassin destiné à la conservation ou à l’élevage de poissons – annonce l’intérêt ultérieur de l’artiste pour les liens entre performance, environnements naturels et identités culturelles plurielles en émergence sur le territoire que l’on nomme le Québec.
Musée Huron-Wendat
Description de l’exposition
Selon la vision du monde Wendat, les relations entre les êtres humains, la terre et les eaux qu’ils habitent, ainsi qu’avec le reste du monde naturel, doivent être fondées sur des principes d’égalité, de respect et de réciprocité. C’est ce qu’explore l’artiste Wendat Nicolas Renaud dans cette exposition d’art autochtone contemporain.
Si, dans la vidéo d’animation Onyionhwentsïio’, on voit l’un de ses ancêtres porter un homme blanc sur son dos, il faut aussi observer les plantes et les animaux qui les entourent. Ceux-ci sont dessinés avec les mêmes soin et détail qui caractérisent les gestes des membres de sa communauté quand ils traversent un sentier de portage. Plus loin, un mystérieux petit oiseau se fait l’écho d’un monde où l’on communique avec tout ce qui vit, à travers la toile des liens unissant ciel, terre et eau.
Toutefois, cette relation est parfois entravée; on oublie des accords. En témoignent les souvenirs d’un combat mené par l’artiste pour faire reconnaître ses droits de pêche autochtones. Les quahogs – des coquillages traditionnellement utilisés pour les wampum qui scellaient souvent des ententes – en gardent la mémoire. Aussi objets de guérison, les perles de wampum nous invitent, plus loin, à méditer intérieurement sur ces relations et ruptures, pour refaire le parcours entre lumière et obscurité, tant celle en soi que celle des profondeurs qui se dissipe à mesure qu’on remonte vers la surface, vers la glace.
Alors que plusieurs gouvernements proposent des projets de loi aux lourdes répercussions sur les forêts, les eaux et leurs habitants, et par conséquent sur les cultures autochtones, Renaud continue d’ancrer sa démarche dans le corps et ses multiples prolongements – wampum, récit, animation, activisme etc. – qu’il conçoit comme un lieu de rencontre entre le passé et le présent et comme un catalyseur pour l’avenir.
