Lorsqu’une baleine meurt et que sa carcasse sombre au fond de l’océan, elle engendre un écosystème complexe, foisonnant de vie. Whale Fall (Chute de baleine) de Vicky Sabourin tire son titre de ce phénomène naturel, qui apporte un afflux massif de nutriments à un paysage autrement pauvre, dans les profondeurs de ce monde. L’arrière-arrière-grand-père de l’artiste, Alexandre Sabourin, a fait parler de lui en 1901 après avoir découvert une baleine échouée sur les rives du fleuve Saint-Laurent, à Longueuil. L’ensemble des objets trouvés et fabriqués composant l’œuvre forme une constellation de couches émotionnelles, matérielles et narratives. Chaque élément est une relique complexe, qui appelle une observation attentive, tant dans sa singularité que dans sa relation à l’ensemble.
Inscrite dans une perspective historique, tout en faisant écho à la présence accrue, ces dernières années, de grands mammifères marins s’aventurant toujours plus loin dans les voies navigables – des environs de Québec jusqu’à Montréal –, l’intervention de Sabourin oscille entre passé et présent. Whale Fall déploie une coquille monumentale en papier mâché installée à la Maison de la littérature, sur la rive du puissant fleuve Saint-Laurent, faisant face à la capitale. Inspirée par la découverte d’un crâne de rorqual commun par l’artiste aux îles de la Madeleine en 2021, la sculpture joue avec l’échelle, la texture et l’imaginaire. La dispersion de Whale Fall de part et d’autre du fleuve, à l’image des traces d’un grand mammifère emportées par le courant, évoque les mémoires incarnées que l’on accumule en longeant les rives d’un cours d’eau, en y ramassant des bribes d’un environnement toujours fragmenté et renouvelé.