Ce que la Biennale nous apprend à voir
Ce qui relie ces œuvres, malgré la diversité de leurs formes et de leurs contextes, c’est une même attention à ce que les milieux font aux corps — et à ce que les corps, en retour, révèlent des milieux.
Dans la Biennale imaginée par Didier Morelli, l’eau, la glace et le territoire ne sont pas de simples thèmes. Ce sont des agents de transformation. Ils déplacent les regards. Ils troublent l’idée d’une séparation nette entre nature et culture, entre décor et histoire, entre sensation et politique. Le texte curatorial le dit clairement : Briser la glace engage une réflexion sur la fonte des neiges, le réchauffement des mers, la pollution des nappes phréatiques, le recul des côtes et la raréfaction des eaux douces, mais toujours à partir d’une question incarnée : comment nos corps traversent-ils ces bouleversements?
C’est là que la Biennale devient particulièrement actuelle. Elle ne se contente pas d’illustrer la crise climatique. Elle montre que cette crise transforme aussi les conditions mêmes de la relation. Lorsque les milieux se dérèglent, lorsque les systèmes hydrologiques changent, lorsque les repères territoriaux se fragilisent, il faut aussi repenser nos manières de collaborer, d’écouter, de prendre soin, de faire monde ensemble.
De l’exposition à la table ronde
C’est dans ce prolongement que s’inscrit la table ronde Comment collaborer en temps d’humanités fondantes et liquides?, présentée le jeudi 16 avril 2026, de 17 h à 19 h, à l’Espace Quatre Cents, en collaboration avec le CELAT. Les thématiques annoncées — fonte des glaciers, transformations du territoire, crise climatique, enjeux hydrologiques, relations entre humains et non-humains, pratiques artistiques, écologies sensibles, nouvelles formes de collaboration et de soin — prolongent directement les questions soulevées par la Biennale.
Ce qui rend cette rencontre particulièrement forte, c’est qu’elle ne juxtapose pas simplement des expertises. Elle met en présence des pratiques et des savoirs qui, chacun à leur manière, travaillent déjà les zones de contact entre climat, territoire, art, design, communauté et vivant.
Marie-Hélène Roch, qui organise et anime la table ronde, développe une pratique écoféministe au croisement de l’art-action et des humanités environnementales, avec un intérêt marqué pour la nordicité urbaine, les transformations environnementales, les imaginaires et les affects contemporains. Caroline Aubry-Wake étudie les interactions entre neige, glaciers et eaux souterraines dans un contexte de changements climatiques. Caoihme Isha Beaulé travaille le design comme pratique relationnelle, attentive à la confiance, à la décolonisation et aux dynamiques de collaboration en milieux complexes. Mariah Erkloo, originaire de Mittimatalik au Nunavut, explore les liens entre eau, territoire et communauté, tout en faisant entendre des perspectives inuit sur les changements climatiques et la continuité culturelle. Marie-Hélène Graveline s’intéresse à l’adaptation aux aléas hydroclimatiques et à la résilience des communautés. Jessica Houston développe une pratique à l’intersection de l’art, de l’écologie et de la justice environnementale. Enfin, Anne-Isabelle Léonard travaille sur l’impermanence, les espaces de transition et la relation au vivant.